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Bertry : intégrer le handicap mental dans le monde de l’entreprise, c’est possible

La société Nicols a décidé, cet hiver, de sous-traiter ses activités de conditionnement des flacons de désodorisants. Plutôt que d’envisager de se tourner vers la Chine ou l’Inde, elle a fait la pari de faire venir, en ses murs, des employés handicapés de l’ESAT Le Jardinet. Et comme ça s’est particulièrement bien passé, l’entreprise souhaite que ça se sache, et pourquoi pas, que ça puisse inspirer d’autres établissements ...

« Il a été honnête quand il nous a appelés, raconte Fabrice Masse, directeur adjoint de l’ESAT Le Jardinet. Il nous a dit c’est pas mon rayon, mais j’aimerais qu’on puisse travailler ensemble . » Rien ne prédestinait Alexandre Carton, ingénieur de production, à travailler un jour avec des personnes handicapées mentalement. Rien dans son histoire de vie, rien dans ses études, rien dans son environnement. Mais lorsque son entreprise lui a demandé de réfléchir à une solution pour sous-traiter une partie des activités de conditionnements des flacons de désodorisants, il a pensé aux travailleurs de l’ESAT. Ils venaient déjà régulièrement entretenir les espaces verts de l’entreprise, alors pourquoi pas travailler directement sur place quand les commandes le justifient ?

Un atelier, cinq employés et un moniteur suffiraient...

Pas rebutée

La direction a donné son va-tout. Pas rebutée par un éventuel surcoût puisque chaque entreprise d’au moins 20 salariés a l’obligation d’embaucher un certain nombre de personnes handicapées. Et que, si elle ne le fait pas, elle doit verser une contribution à l’Association nationale pour la gestion du fond d’insertion professionnelle des handicapés. L’atelier d’Alexandre Carton permet donc d’éviter cet écueil tout en donnant... un salaire aux employés handicapés qui y travaillent.

« C’était super, explique Déolinda, salariée de l’entreprise en plein travail. Ils étaient juste derrière nous, on plaisantait avec eux. » « Je pensais qu’il y aurait des réticences, mais leur présence créé une ambiance beaucoup plus sympathique, renchérit Alexandre Carton. Il y a beaucoup d’échanges, de communication. » Tout ça, sans doute, grâce à un travail de préparation fait en amont. « On a eu une formation, confie Déolinda, pour nous expliquer qu’il ne fallait pas de moqueries, tout ça. »

Mais les employés handicapés n’étaient pas là pour faire de la figuration. Même si leurs horaires de travail étaient différents (un emploi du temps fixe alors que le reste de l’équipe est posté), ils avaient des objectifs à atteindre. « Ils étaient très méthodiques, souligne Alexandre Carton, peut-être même plus que nous.» Et comme les salariés, ils devaient inscrire leurs résultats en vert s’ils étaient atteint, en rouge si c’était l’inverse. Et ça, ça leur a visiblement permis de se sentir à part entière dans l’équipe. « Sortir travailler à l’extérieur, ça a fait des envieux parmi les membres de l’ESAT, reconnaît Fabrice Masse. Ils roulent des mécaniques, en quelque sorte, quand ils savent qu’ils vont venir. Alors, forcément, beaucoup sont volontaires pour venir. Mais tout le monde n’est pas apte. » À cause de la cadence à tenir, à cause des pathologies... quoique là, Fabrice Masse insiste pour dire que « ça s’est si bien passé ici qu’on est parvenu à envoyer des gens avec un profil plus instables, qu’on n’aurait pas pu envoyer dans d’autres contextes. Ils ne restaient peut-être qu’une journée, mais ça nous ouvre des possibilités. »

Même si les personnes handicapées travaillent comme les autres dans l’entreprise, des « barrières de sécurité » sont mises en place : le moniteur qui encadre le groupe est là pour s’assurer qu’il n’y a pas de problèmes de fatigue, de situation de rupture. Et s’adapte. « Certaines personnes peuvent travailler deux ou trois jours d’affilée, d’autres une semaine » confie Fabrice Masse.

Pour l’instant, l’ESAT n’intervient plus dans la société, mais dès que le carnet de commandes le nécessitera, ils reviendront. « On veut promouvoir ce type d’action, affirme Céline Danvers, responsable des ressources humaines de Nicols. On veut montrer que c’est quelque chose de positif ! »

Carine Di Matteo

 Article paru dans la Voix du Nord édtion de Caudry du 03/10/2013

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